« La création de Desourcesure ? Il faut faire le média qu’on a envie de voir et de lire. Prendre en compte que l’image et la vidéo mangent le reste. Créer une mise en perspective : des liens, d’autres vidéos, d’autres images, un peu de texte. En aucun cas, reproduire 25 ans d’expérience de presse écrite. .. »
Pierre-Louis Rozynès
L’idée de départ du site était de créer un quotidien 100% Internet, mais, selon les auteurs, « cela s’est vite mué en un JT qui se lit et se regarde à tout moment de la journée. » Leur but était de se démarquer de la presse traditionnelle, plus assez attractive, et de créer quelque chose de plus ouvert, qui sorte des sentiers battus du journalisme. « Si j’étais sage, je ferais le deuil de la presse écrite, mais je ne peux pas », affirme Pierre-Louis Rozynès. En tout cas, le premier objectif était de « jeter par dessus-bord toutes les pratiques et les habitudes, tout ce qu’on enseigne depuis des lustres sans plus savoir pourquoi. »
Le site possède un certain nombre de particularités. La première : la philosophie d’agrégation qui régit le fonctionnement du site. Pour les auteurs, le plus important est ce qui est dit, non pas qui le dit. Selon Rozynès, le but est que « le lecteur ait chaque jour le document qu’il faut avoir vu ou lu, soit parce que personne n’en a parlé, soit parce que tout le monde va en parler. » Une excellente revue de presse à portée de main, en résumé, pour ne plus passer plus de temps à chercher qu’à lire.
Il s’agit donc de trouver les sujets du net qui font l’actualité, et de les illustrer par différents angles de vue qui enrichissent le propos. Ensuite, ils sont creusés et reliés avec d’autres événements ou idées. « L’intéressant, c’est de mettre l’info en perspective : les Guignols à côté du 20h. »
Le leitmotiv des créateurs : « un média n’est pas un objet mais un moment. » Le média offre un moment, qui sera utilisé ensuite par le lecteur. Le site se veut le conciliateur des différents moments proposés par le Web. D’une certaine manière, cela permet également d’éviter la censure, parfois présente dans d’autres presses.
Seconde particularité : les illustrations. Mis à part le côté agrégation, le travail de DSS est aussi centré sur la recherche d’illustrations systématiques des informations. Les auteurs croient au principe de l’ « information-récréation », qui joue sur la connivence avec le lecteur : « s’informer et se détendre, c’est pas s’emmerder. » Une adéquation entre ce que les auteurs sont et ce que les internautes cherchent. Les textes sont relativement courts : peu de sujets sont développés de manière originale.
Voilà la raison pour laquelle DSS regorge d’images et de vidéos, en plus des nombreux liens déjà présents. Rien que sur la Une du 2 juillet 2008, on ne recensait pas moins de 98 images et 111 vidéos attachées aux articles proposés.
Cette relative agressivité visuelle est reconnue par les auteurs, qui en font également l’une des spécificités du site.
Troisième particularité : le ton utilisé. Mordant, critique, le site propose des choix de sujets, des titres, des angles de vue peu communs pour traiter l’actualité. A titre d’exemple, le « Classement des traîtres » de la campagne présidentielle, qui a eu un grand succès, ou le « Carla Hebdo » en hommage à la Première Dame de France. Les titres de rubriques même sortent de l’ordinaire (« Guerre et terrorisme », « Futur et techno »).
Toutefois, pas de ligne politique précise : selon Rozynès, « on se fait qualifier de gauchistes le matin, de people le soir. » La seule conception assumée est celle d’un capitalisme durable, ce qui n’empêche pas les auteurs d’être « assez sceptiques quant à la suite des événements ».
Quatrième particularité : le nom. Le fait d’appeler le site « De Source Sûre » n’est pas innocent. Non seulement il propose un grand nombre d’informations, mais celles-ci sont sélectionnées par des journalistes professionnels. La confiance est très importante au yeux des auteurs : « C’est la confiance dans l’information que nous livrons, le degré de crédibilité des informations annoncées ou commentées et la fiabilité des documents montrés dans un monde de promo et d’intox. L’information circule, elle est transformée : sans source, quel crédit accorder à une nouvelle ? »
DSS a pris son essor, comme d’autres sites d’information (Rue89 notamment), dans le sillage de la présidentielle française de 2007, à travers une couverture très large de l’événement. En juin 2007, il totalisait déjà près de 200′000 visites mensuelles, et la barre des 300′000 était franchie en août de la même année.
